Charley le borgne (1973) Don Chaffey

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Charley le borgne (1973) Don Chaffey

Message par Invité le Mer 30 Mar - 11:14



C'est l'histoire d'un soldat noir déserteur,en fuite après avoir tué un officier blanc qui l'avait surpris au lit avec sa femme. En chemin, il rencontre un indien paumé et blessé avec qui il finit par cohabiter puis sympathiser. Ayant tous 2 trouvés refuge au milieu du désert dans une chapelle isolée, ils croisent la route de 2 mexicains que le soldat tue par méprise. Pour survivre dans leur refuge, l'indien élève des poulets dont un borgne, qu'il prend sous sa protection, Charley...

C'est un film anglais, pas un burger, pas un spaghetti. En France, on a choisi de traiter le western par la parodie dans les quelques rares  productions consacrées au sujet, en Angleterre par l'ironie. C'est à mon avis, un film sur le racisme, en quelques personnages caricaturés, le blanc arrogant représenté par un chasseur de prime, le noir révolté, l'indien faussement soumis, et les mexicains violents. Pas beaucoup d'action pour les amateurs, qui seront déçus mais le film est centré sur les rapports humains. A cet égard, j'ai bien aimé la performance de Roy Thinnes, en indien aux yeux clairs, comme Paul Newman avant, évidemment très différent des Envahisseurs, mais n'est-ce pas le propre d'un comédien digne de ce nom de pouvoir changer de registre aussi radicalement.
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Message par Invité le Mer 30 Mar - 11:18

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Message par Invité le Mer 30 Mar - 11:21

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Re: Charley le borgne (1973) Don Chaffey

Message par Tyrone le Mer 30 Mar - 11:42

Le blanc , le noir , l'indien puis les mexicains ;
beau "bouillions de cultures" , mais il manque quand même
le buandier chinois !

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Re: Charley le borgne (1973) Don Chaffey

Message par The Wraith le Mer 30 Mar - 16:46

Il faut savoir que Don Chaffey est un réalisateur qui n'est quasiment plus à présenter. On le connaît pourtant assez mal puisque finalement, de ses contributions cinématographiques, on ne retient le plus souvent que son "Jason et les Argonautes", éventuellement "Un million d'années avant J.C.", subsidiairement La reine des vikings, ces deux derniers étant tournés pour la prestigieuse Hammer. Si l'on rajoute ses contributions télévisuelles, on retient principalement sa participation à des séries restées célèbres ("Chapeau melon et bottes de cuir", "Le Prisonnier" dont il signa même le pilote).

Sa carrière est pourtant bien plus riche, conséquente et hétéroclite qu'elle n'y paraît puisque c'est seulement après s'être fait remarquer pour une série de comédies dans la tradition britannique, puis de mélodrames plus ou moins familiaux (son "The Three Lives of Thomasina" avec Patrick McGoohan annonce, par exemple, sa collaboration avec Disney, "Peter et Elliott le dragon") qu'il tourne le fameux film aux squelettes marathoniens et belliqueux.

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Don Chaffey et une figurine du film JASON ET LES ARGONAUTES (1963)

Dans une carrière extrêmement riche et variée, et entre deux commandes de studios ("Creatures the World Forgot" à nouveau pour la Hammer tente de refaire le coup des peaux de bêtes dont on fait péter les coutures bonjour à Raquel Welsh en passant !), Don Chaffey aime à retrouver son indépendance et livre des films originaux ("The Webster Boy" avec John Cassavetes et Seymour Cassel) et parfois même iconoclastes et décalés...

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Don Chaffey et Raquel Welch pendant le tournage de UN MILLION D'ANNEES AVANT JC (1966)

C'est le cas de ce méconnu Charley Le Borgne, farce mal lunée, conte philosophique misanthrope, à mi-chemin entre Rousseau et Voltaire, qui décrit des rencontres forcées, des amitiés basées sur le besoin de l'autre, et dans lequel même un enfant affichant innocence n'est que le fruit pourri d'un autre être humain, ainsi que son paravent, générant violence et mort. L'homme y naît mauvais et ne s'améliore ni en groupe, ni en société, bien au contraire.

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Cruel, pessimiste, bottant le cul aux conventions, chiche en action à proprement parler, mal aimable au premier comme au second abord, Charley-One-Eye est une pièce de théâtre aride au grand air, un huis-clos existentiel en plein désert, ainsi qu'une réflexion acide sur les rapports humains, tous placés sous le joug du besoin de l'autre dans des rapports dominés/dominants et dans lequel, dès lors qu'on se complète, dès lors que l'amitié pointe son nez, chacun est affaibli, distrait, puis finalement trahi ou tué.

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Re: Charley le borgne (1973) Don Chaffey

Message par BIOMAN le Mer 30 Mar - 18:10

L'amateur de western ne trouvera ici en aucun cas de héros, ni même d'anti-héros, mais des squelettes d'humanité en pleine déliquescence individualiste : un noir menteur et meurtrier, mettant son forfait sur le dos du racisme de blancs lui ayant appris à tuer des blancs et devenu raciste lui-même, un indien lâche, conscient de l'être et préférant l'amitié d'un poulet borgne à la compagnie des hommes, ainsi qu'un chasseur de primes blanc, irlandais probablement, qui ne connaît que haine et violence.

Là-dessus, le peu d'êtres vivants qui graviteront autour d'eux dans ce récit picaresque au temps suspendu ressemblant à un recul loin du monde s'avéreront aussi dangereux, sinon plus encore, que ce qu'ils ont fui.

Doté d'un casting aussi étonnant que son propos est abyssal (quoique touchant de temps à autre à l'abstraction), Charley-One-Eye souffre parfois d'une interprétation inégale ou discutable : Nigel Davenport est parfait en troisième homme cynique, raciste et violent ; il servira du reste de révélateur, tout comme le poulet-titre du film.

Roy Thinnes, choix pourtant on ne peut plus surprenant, s'en sort finalement bien mieux que son affiliation à la série "Les envahisseurs" aurait pu le laisser croire ; petit à petit, chemin faisant, il campe un pléonasme vivant, à savoir un indien dénué d'âme, avec un détachement et une acceptation que son infirmité n'a fait que mettre au grand jour.


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Re: Charley le borgne (1973) Don Chaffey

Message par Cooper le Mer 30 Mar - 19:09

Les commentaires de ce film sur internet sont rares, nous constatons qu'il n'a pas la place qu'il mérite. Il est vrai qu'il sort de l'ordinaire et c'est justement pour cette raison qu'il nous intéresse. Car, en ce qui nous concerne, ce film a des qualités pertinentes et subtiles.

Tout d'abord, à son niveau général, le film semble s'appuyer sur la métaphore de la parabole de l'aveugle : la chute du Soldat qui entraîne dans sa chute l'Indien et qui à son tour va entraîner la chute du chasseur, parce qu'il a tiré stupidement (et nous rejoignons le titre du film), sur le coq Charley-Le-Borgne.

Ensuite, la « face cachée du western » installe les deux principaux protagonistes, comme il se doit, dans un désert, géographiquement à la frontière mexicaine. Jadis des ennemis, le Soldat et l'Indien vont cohabiter dans un huis clos qui va les conduire à fraterniser. Le Soldat est poursuivi par un chasseur de primes et ils n'ont presque rien pour survivre dans un milieu aride et hostile. Ils rappellent de la sorte, la vie des premiers hommes sur terre ou il fallait fabriquer (inventer) l'objet de ses besoins : l'arc et la flèche pour manger, une corde pour puiser l'eau d'un puits.

Enfin, l'organisation filmique est minimaliste, elle s'appuie sur des « économies de moyens » qui retient notre attention, comme nous le voyons, dès l'ouverture du film.

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Re: Charley le borgne (1973) Don Chaffey

Message par shériff Thompson le Ven 1 Avr - 20:03

C'est par Richard Roundtree en revanche que le bât blesse : celui-ci en fait trop, cabotinant dans une aventure épurée, et multipliant les rires forcés jusqu'à se rouler à terre.

Croisant donc notre indien quasi-muet au départ, son débit paraît légitime au début, fidèle à Voltaire ("Les bavards sont les plus discrets des hommes : ils parlent pour ne rien dire."), partant en vrille sans jamais se poser dans un récit qui pourtant ressemble à une ronde où chacun pourrait prendre au fur et à mesure la place de l'autre.

Un fait assez dommageable mais qui n'entache pas entièrement les qualités de cette curieuse et atypique bobine qui, à la situer rapidement, se retrouverait non loin d'un Monte Hellman (The Shooting) qui aurait pioché ses personnages chez Aldrich, pour les emmener chez Fulci et son 4 de l'apocalypse à venir.

Drôle de trip ou d'expérience, vous l'aurez compris, quoi qu'il en soit, admirablement captée par John Cameron ("Kes", The Games Girls Play, Psychomania...), qui livre une subtile et ironique partition, en totale adéquation avec l'esprit frondeur et décalé d'un film où les rapports entre ethnies et individualités sont viciés dès le départ.

Si l'homme est un loup pour l'homme, ce dernier peut, à l'image d'une des premières scènes dans laquelle deux chiens s'entre-tuent pendant que le soldat en fuite mange le lapin qu'ils ont eux-mêmes attrapé, s'avérer être le pire charognard que la Terre porte en son sein. A découvrir ou redécouvrir donc.

Source cinéma: psychovision.net

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